La cité en guerre : crises, transgressions, limites : l'identité politique dans les tentatives philosophiques pour définir la guerre, de Héraclite à Carl Schmitt

par Ninon Grangé

Thèse de doctorat en Philosophie

Sous la direction de Bernard Manin et de Michel Senellart.


  • Résumé

    A partir des définitions polémologiques, historiques, stratégiques de la guerre, et des théories de la guerre juste, se dessine une comparaison entre guerre étrangère et guerre civile qui montre la permanence de la scission intérieure comme risque majeur pour la cité. L'assignation de limites à la guerre participe d'un dispositif pour éviter la guerre intolérable où les concitoyens sont ennemis. La division entre "polemos" et "stasis" (Héraclite, Platon, Thucydide) est reprise à la lumière de l'hypothèse de Machiavel, contre la guerre-duel, d'une consubstantialité de la guerre et du politique. Le concept de guerre paradoxale, transformant la relation d'ennemi à ennemi (Carl Schmitt, Cicéron et Antoine), permet de dégager un état de guerre indéterminé, entre régularité et irrégularité (Révolution française, guerre de Sécession, Commune de Paris et guerre d'Algérie). Avec les théories contractualistes imaginant un moment hypothétique, anhistorique, infra-politique (l'état de nature) qui s'avère belliqueux (Hobbes, Spinoza, Cumberland, Pufendorf, Rousseau, Kant), la nature extra-légale de la guerre est déduite. Ainsi la reprise de la notion de "stasis" révèle la nature du politique- et de sa bellicosité en paix ou en guerre- qui invente des séparations fictives pour préserver l'identité et la puissance de la cité (conjuration et référence abstraite à la guerre extérieure). Le concept de cité-en-guerre se fonde sur la fausse réminiscence d'une guerre originaire et sur le vrai souvenir des guerres civiles passées. Les relations politiques, exacerbées dans la guerre interne, voilées dans la guerre externe, montrent que l'essence de la guerre se comprend d'abord dans une entité politique close, et que l'identité de la cité replie l'extérieur sur l'intérieur; les frontières ne sont pas seulement territoriales ou étatiques. La cité dans la guerre est confrontée à son artifice au moment où la crise le rend inefficace.

  • Titre traduit

    The City at war : crises, transgressions, limits. Political identity in the philosophical attemps to define war, from Heraclitus to Carl Schmitt


  • Résumé

    From polemological, historical and strategic definitions of war, as well as from the theories of a just war, an emergent likeness between foreign war and civil war may be noted which shows the permanence of internal split as the major danger for the city. Setting limits to war partly belongs to a plan of action to stave off intolerable wars in wich fellows citizens would otherwise be enemies. The distinction between "polemos" and "stasis" (Heraclitus, Plato, Thucydides) is taken up in the light of Machiavelli's hypothesis, against duel-like war, of a consubstantiality of war with politics. The concept of paradoxical war, altering the relationship between enemies (Carl Schimitt, Cicero and Antony) allows us the bring out an indeterminate state of war, in between legality and illegality (the French Revolution, the American Civil War, the Paris Commune and the Algerian war of liberation). From the theories of the social contract that postulate an hypothetical, anhistorical and infra-political moment- the natural state- which proves bellicose (Hobbes, Spinoza, Cumberland, Pufendorf, Rousseau, Kant) we can infer the extra-legal nature of war. Thus the notion of "stasis" revisited reveals the nature of politics- and its bellicosity in peace and war times- wich can devise artificial separations to protect the identity and power of the city (conjuration and abstract reference to external war). The concept of city-at-war is based on the fallacious reminiscence of an original war and the real recollection of past civil wars. Political relationships, exacerbated in internal wars, weakened in external wars, shows that the essence of war can first be apprehended in a closed political entity and that the identity of the city folds the exterior back onto the interior; frontiers are not only territorial or State boundaries. The city at war is confronted with its own stratagem at the very moment when crisis makes it ineffective.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (733 p.)
  • Annexes : Bibliogr. p. [693]-725. Index

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  • Bibliothèque : Bibliothèque Diderot LSHS (Lyon).
  • Disponible pour le PEB
  • Cote : THE 75
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